MAISON DE DIEU

En communauté / Maison de dieu

(english version below)

« Ici aux lisières,avec les restes brûlants.

Faire pousser des ronces.

Le présent simple. »

 

Jean-Marie Gleize

Trouver ici – Reliques & lisières

 

   Située dans les Cévennes, la Maison de Dieu* est une association communautaire fondée sur le principe d’accueil, ouverte depuis quarante ans aux personnes ayant besoin d’un toit ou souhaitant vivre en communauté. À ce jour, environ quatre-vingt résidents d’âges et d’origines différentes partagent au quotidien les repas, les réunions, les ressources et tâches nécessaires à son bon fonctionnement, dans un espace volontairement gardé libre, ouvert, où aucune pratique religieuse n’y est imposée.

  En marge de notre société et de ses tendance à exclure, d’une infinie diversité de parcours de vie et de blessures portées, ces personnes accueillies sont animées d’une intense force de vie. La maison figure un abri, un refuge où chacun peut prendre le temps de se rétablir quand retourner vivre ailleurs est difficile, voire impossible.

  Ces photographies en sont autant de preuves tangibles. Elles cherchent à saisir des êtres en suspension, entiers malgré les vicissitudes de la vie.

  La nature environnante, débordante et indomptable dialogue avec les corps. Elle protège, isole, recouvre, permet une respiration plus lente et apaisée. On est à la lisière, dans un espace entre deux renforcé par la présence imposante et parfois obscure de la maison où entrent des rais de lumière. Ceux-ci révèlent des détails, des silhouettes, les éléments d’une intimité réappropriée dans un espace de vie partagé. Il est impossible de tout voir, de tout révéler, une suggestion discrète laisse au spectateur sa part de liberté pour se projeter, imaginer.

  Ces photographies évoquent la fragilité de nos existences, l’impermanence des êtres et des choses, le caractère insaisissable de nos vies, ce qui nous échappe, un entre deux mondes, entre réel et imaginaire, la beauté logée dans des détails infimes.     

  Photographier ces vies singulières est pour moi un acte poétique et politique, car j’entrevois en elles des esquisses de réponses à une société globalement en crise.

*Maison de Dieu ou Propriété de Dieu : nom donné par opposition au terme de propriété privée.

                                Avec le soutien de la Région Occitanie, aide à la production 2024

“Here at the edges,

with the burning remains.
Growing brambles.
The simple present.”

 

Jean-Marie Gleize
Trouver ici – Reliques & lisières

 

 

   Located in the Cévennes, the Maison de Dieu* is a community association founded on the principle of hospitality. For forty years it has been open to people who need a roof over their heads or who wish to live in community. Today, around eighty residents of different ages and origins share meals, meetings, resources and the daily tasks needed to keep the place running, in a space deliberately kept free and open, where no religious practice is imposed.

   On the margins of a society prone to exclusion, and coming from an infinite diversity of life paths and carrying their own wounds, the people welcomed here are driven by an intense life force. The house is a shelter, a refuge where everyone can take the time to recover when returning to live elsewhere is difficult, even impossible.

   These photographs are tangible proof of this. They seek to capture beings in suspension, whole in spite of life’s vicissitudes.

   The surrounding nature, overflowing and untamed, is in dialogue with the bodies. It protects, isolates, envelops, and allows a slower, calmer breath. We are at the edge, in an in-between space, reinforced by the imposing and at times obscure presence of the house, where shafts of light break in. They reveal details, silhouettes, the elements of an intimacy reclaimed within a shared living space. It is impossible to see everything, to reveal everything; a discreet suggestion leaves viewers the freedom to project themselves and imagine.

   These photographs evoke the fragility of our existences, the impermanence of beings and things, the elusive nature of our lives, what escapes us, a space between two worlds, between the real and the imaginary, and the beauty lodged in the tiniest details.

   Photographing these singular lives is, for me, both a poetic and a political act, because I glimpse in them sketches of answers to a society in global crisis.

 

* Maison de Dieu or “God’s Property” (Propriété de Dieu): a name given in opposition to the term “private property”.

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